L'Histoire du Badminton


 L'Histoire du Badminton est souvent l'affaire de mythes et de légendes.

Des racines exotiques
Le badminton s'inscrit dans le droit fil d'une pratique trés ancienne puisqu'on trouve trace, sur un mode récréatif ou cérémoniel, en asie ainsi qu'en Amérique du Nord et du sud. Le <<jeu de volant>> se pratique depuis des siècles en chine sous une forme proche de notre football moderne, puisque le volant y est renvoyé avec le pied, trés populaire sous les dynasties Han et Tang(206 Av JC - 907 Ap JC). Outre la chine, on observe depuis longtemps d'identiques divertissements à Taiwan ( shuttlecock-kicking), en Corée ( Jeigi-Chagi), en Malaisie (Chap-Teh), ainsi qu'au Vietnam et en Thailande. 

 La pratique du jeu de volant au Japon, tout aussi ancienne, se caractérise par l’emploi d’un battoir (appelé hagoita). Le journal du prince impérial Sadafusa mentionne le déroulement d’un match de volant à la cour en 1432. Cette partie se déroula entre une équipe masculine et une équipe féminine. Se développant à la période Muromachi (1338-1573), les battoirs s’ornent progressivement de motifs délicats avec placage d’or ou d’argent à mesure que, d’un usage ludique, les raquettes deviennent de simples ornements utilisés à l’occasion des fêtes du Nouvel An.                     
                                                                                                                              
 
Des battoirs sont aussi utilisés en Amérique du Nord par les tribus indiennes qui ont fait du jeu de volant une de leurs distractions préférées avec la course à pied et les jeux avec crosse. Les Bellacoola, les Hesquiaht, les Kwakiutl, entre autres, ont adopté des battoirs en bois pour s’échanger un volant composé d’une petite branche à laquelle trois plumes sont attachées. Mais d’autres Indiens, tels les Zuñi et les Piman, ont préféré la paume de la main pour frapper le volant. Il en est de même sur le continent sud-américain, où les Indiens Bororo ou les Tupi s’échangent de façon identique, à titre de volant, une petite boule de feuilles de maïs étroitement nouées et piquées de quelques plumes. Ces exemples témoignent du fait que la pratique de jeux avec pour accessoire un volant est une activité universelle, même si à la dimension ludique, voire sportive, s’ajoutent des éléments de nature rituelle et festive.

En Europe :
L’Europe n’est pas en reste, qu’il s’agisse du « jeu de volant » en France ou du battledore and shuttlecock en Angleterre. Le spécialiste des jeux anciens Joseph Strutt rapporte l’existence d’une miniature datant du 14ème siècle où l’on voit clairement deux jeunes paysans se renvoyant un volant à l’aide d’une raquette. Le jeu est si populaire qu’à Leicester le Mardi Gras a été baptisé « journée du volant ». Il se répand largement au sein de l’aristocratie ; de nombreux témoignages montrent qu’il est un des passe-temps privilégiés de François Ier, de Charles IX, de la marquise de Sévigné ou de Louis XIV. Au tournant du 18ème siècle, le jeu de volant est recommandé par les pédagogues et philosophes en raison de ses vertus physiques. Il devient aussi un jeu très répandu chez les enfants comme le montrent les gravures et peintures du 18ème siècle (Chardin) ou les chromolithographies du 19ème.

Naissance indo-britannique du badminton moderne :

C’est pourtant en Inde que le badminton moderne va voir le jour, avec un rôle déterminant joué par les officiers britanniques en place qui vont à fois modifier les caractéristiques d’un jeu de balle indigène, puis l’importer en Angleterre pour définitivement codifier et institutionnaliser le badminton que nous connaissons aujourd’hui. Le jeu d’origine se pratique au-dessus d’un filet avec une balle en laine, et est particulièrement répandu au sein des classes sociales indiennes favorisées. Sous l’influence britannique, le jeu va emprunter dans les années 1860 le volant du « battledore and shuttlecok » avec lequel les Anglais sont plus familiers. En 1973, dans le célèbre magazine londonien The Field, d’anciens officiers britanniques vont présenter aux lecteurs les règles utilisées pour jouer au « badminton game of battledore » dans l’empire des Indes. Trois ans plus tard, le journaliste anglais Henry Jones publie un ouvrage de cinq pages pour tenter d’imposer un corpus de règles uniques. Le titre de cet opuscule, The Anglo-indian game of badminton, illustre parfaitement l’origine mixte du nouveau jeu. Le jeu se pratique alors en 15 points sur un terrain dont la forme est celle d’un sablier. En septembre 1893, la fédération anglaise de badminton est créée, rendant alors inéluctable l’essor de ce nouveau sport de raquette, avec explosion du nombre de clubs, officialisation des règles et développement des rencontres internationales avant même la première guerre mondiale. En 1899 est organisé le premier All-England Championships (AEC), équivalent pour le badminton au tournoi de Wimbledon.

L’apparition du badminton en France :

Le premier ouvrage entièrement consacré au badminton paraît en 1911 sous la plume de S.M. Massey (badminton). Pour aborder la naissance du badminton en France, il confie à J. Yeo Thomas la responsabilité de décrire la situation française et celui-ci cite l’année 1898 comme année fondatrice. A l’instigation de J.E. Jones, répétiteur dans l'armée britannique, « Saint-Servan semble avoir été le premier foyer du Badminton en France. En 1898, M. J.E. Jones, qui avait une grande école, et aussi entraînait de jeunes gens pour l'armée, construisit quatre courts couverts de Badminton pour ses élèves ». Le club prospéra pendant six années.
Si les premières traces avérées de l’introduction du badminton en France se situent en Bretagne, c’est à Dieppe que le jeu va pourtant prendre de l’envergure et imposer sa notoriété sur l’ensemble de l’Europe continentale au début du 20ème siècle. Le 31 octobre 1907, est d’abord créée l’association « Covered Lawn-tennis and Badminton Club », avec inauguration officielle d'un terrain de tennis couvert et de deux courts de badminton. Après quelques tournois confidentiels, le club décide d’organiser les premiers « Internationaux » continentaux en novembre 1908. Le premier vainqueur des « Internationaux de France » de badminton est l’Anglais Chesterton qui bat son compatriote Comyn en finale sur le score de 15/11-15/9.
Malgré le succès remporté par ce premier tournoi international organisé hors des Iles britanniques, le badminton ne va pas réussir à s’implanter en France. A l’inverse, pendant l’entre-deux-guerres, il va conquérir de nouveaux territoires (Danemark, Canada, Etats-Unis, Etats Malais, etc.).

Un développement plus rapide en Amérique du Nord qu’en Asie :

Au Canada, la Canadian Badminton Association est établie en 1921. Cette fédération entérine un essor ancien et rapide du badminton : formation du plus ancien club en 1907 (le Ladies' Montréal Tennis and Badminton Club), premier tournoi open de badminton en 1914. Sous l’impulsion du président de la CBA, le premier Canadian National Championships est organisé l’année suivante à Montréal. Des tournées de l’équipe anglaise en 1925 et 1930 vont « booster » ce sport au Canada. Le grand joueur Jack Purcell s’inscrit en 1931 au AEC, marquant à la fois l’internationalisation du tournoi britannique et celle du badminton. Détenteur du titre canadien en 1927, Torontois d’origine, « Purcell le félin » atteint la demi-finale de l’omnium de Grande-Bretagne, seulement battu par T.P. Dick. Aux Etats-Unis, l’histoire du badminton débute à New-York. En 1878, deux new-yorkais, Bayard Clarke et E. Langdon Wilks reviennent respectivement d’Inde et d’Angleterre. Ils y ont découvert un nouveau jeu, le badminton. Avec un de leurs amis, Oakley Rhinelander ils décident de créer le Badminton Club de New-York. Considéré avant tout comme un passe-temps à dimension sociale, le badminton fait néanmoins l’objet de rencontres régulières entre le club de New-York et le Boston Badminton Club, lui-même formé en 1908. A partir des années 20, le badminton s’étend à travers tout le pays. Le badminton américain cherche rapidement à nouer des contacts avec d’autres nations. L’essor national du badminton aux USA est aussi le fruit des nombreuses démonstrations du joueur professionnel George Jess Willard, particulièrement appréciées par la communauté d’Hollywood. A Seattle, en 1935, trois mille spectateurs assistent au match opposant Jess Willard à Jack Purcell. En 1936, l’American Badminton Association est formée et dès l’année suivante le premier championnat national se tient à Chicago. Aux Internationaux de 1939, un jeune joueur de 18 ans fait sensation. David G. Freeman, de Pasadena, s’impose à la surprise des observateurs sur le tenant du titre Walter Kramer. Sa suprématie mondiale va s’étendre sur une décennie, entravée par la seconde guerre mondiale, mais couronnée par le titre obtenu en simple au AEC en 1949.

Création tardive d’une fédération internationale (IBF) :

Bien tardivement par rapport à d’autres sports (tennis, football), ce n’est que le 5 juillet 1934 que des représentants des différentes associations nationales se réunissent à Londres dans le but de former une fédération internationale. Les pays pionniers sont l’Angleterre, le Canada, le Danemark, les Pays-Bas, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Ecosse et le Pays de Galles, La France est également présente en la personne de M. René Gathier. Sir George Thomas est élu président de l’IBF.

Le badminton aux Jeux Olympiques :

Le succès des grandes compétitions internationales (coupes Thomas, Uber, Sudirman, championnat du monde, etc.), la conquête de nouveaux « territoires » (Chine, Thaïlande, Corée du Sud), le nombre croissant de pratiquants dans le monde, pouvaient laisser présager une introduction rapide du badminton aux Jeux Olympiques d’été. Mais après quelques tentatives infructueuses, il faudra attendre les Jeux de Barcelone en 1992 pour que la maturité du badminton soit reconnue par le CIO et que la première médaille d’or soit enfin décernée. Au début des années 1990, la domination asiatique à Barcelone est déjà totale : seul Thomas Stuer Lauridsen, du Danemark, sauve l’honneur pour le continent européen en obtenant une médaille de bronze en simple. C’est la ville d’Atlanta qui accueille les Jeux Olympiques en 1996. Et c’est le Danois Poul Erik Hoyer Larsen qui remporte la médaille d’or du simple messieurs. Victoire surprenante dans la mesure où les Asiatiques, et notamment les Chinois, sont au sommet de la hiérarchie mondiale depuis des années. Parmi les différentes nations asiatiques, les Coréens s’en sortent le mieux. Bang Soo Hyun gagne le titre en simples dames, alors que Kim Dong Moon et Gil Young Ah battent une autre paire coréenne dans le double mixte, première médaille d’or olympique décernée dans cette discipline. Cette seconde participation du badminton aux Olympiades est un immense succès, notamment médiatique. Plus d’un milliard de téléspectateurs assistent ainsi aux finales du tournoi de badminton.

Pour les jeux de Sydney de l’an 2000, 172 joueurs provenant de 20 associations nationales différentes sont sélectionnés. Parmi les participants, la présence du Danois Peter Gade Christensen est particulièrement attendue dans la mesure où il apparaît au premier rang du classement mondial. Mais le Danois est battu en demi-finale par le Chinois Ji Xinpeng qui gagne l’or en finale contre l’Indonésien Hendrawan. En doubles messieurs, les Indonésiens s’imposent par Candra Wijaya & Tony Gunawan, l’argent et le bronze revenant à deux paires coréennes. En double mixte, la paire chinoise Yong Liu et Fei Gen, numéro 1 mondial, affirme sa suprématie. La bonne nouvelle pour l’Europe vient des Anglais Simon Archer et Joanne Goode qui donnent à leur pays une première médaille olympique en badminton. Médaille longtemps attendue, et méritée, pour le pays inventeur du badminton.


Après s’être fait désirer pendant plusieurs décennies, le badminton a enfin trouvé sa place au sein du mouvement olympique. Depuis la seconde guerre mondiale, l’Asie est omniprésente dans les grandes compétitions internationales : Coupe Thomas, Coupe Uber, Championnat du Monde, Coupe Sudirman. Il est donc logique de retrouver comme médaillés des trois dernières Olympiades des joueurs et joueuses asiatiques. Aux côtés des Chinois, des Coréens et des Indonésiens, quelques Danois et Anglais (Thomas Stuer Lauridsen, Poul Erik Hoyer Larsen, Simon Archer, Joanne Goode) ont néanmoins su s’immiscer pour remporter quelques médailles et préserver la crédibilité du badminton européen. Mais les Jeux d’Athènes, en 2004, devraient confirmer une nouvelle fois la suprématie asiatique

 
 



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